lundi 29 juin 2009

Histoire du Chevalier Bayard, suivie d'une rareté dauphinoise du Salon de Saint-Sulpice

Ce petit ouvrage, l'Histoire du Chevalier Bayard, acheté au salon du livre ancien du Grand-Palais s'est trouvé être une source inépuisable de recherches, d'ouvertures sur des perspectives différentes.


D'abord le titre :
Histoire du Chevalier Bayard, et de plusieurs choses mémorables advenuës sous le Regne de Charles VIII. Louis XII. & François I. Avec son supplément par Mre Claude Expilly, Président au Parlement de Dauphiné. Et les Annotations de Theodore Godefroy, augmentées par Louis Videl. Nouvelle édition.

Comme par strates archéologiques, on part d'un texte de 1527, publié à Paris, une des premières vies du Chevalier Bayard par le "Loyal Serviteur". Aujourd'hui, ce "Loyal Serviteur" est identifié comme étant Jacques de Mailles, archer dans les compagnies de Bayard et futur notaire. Ensuite, Théodore Godefroy (1580-1649), historiographe de France d'origine genevoise et protestante. Il a modernisé le texte lorsque il l'a fait paraitre en 1616 et 1619, toujours à Paris. Ce fameux personnage dauphinois n'avait pas encore été honoré par les livres dans sa région. Il faut attendre Jean Nicolas, qui donne cette édition en 1650, pour lui rendre hommage, en complétant la réédition du texte établi par Théodore Godefroy, par les commentaires de Claude Expilly (1561-1636), magistrat et poète dauphinois. Enfin, Louis Videl, le biographe de Lesdiguières, y a apporté sa touche par quelques annotations. Certains ont pensé qu'il n'avait été que le prête-nom de Denis de Salvaing de Boissieu, président de la cour des Comptes de Dauphiné, qui voulait profiter de cette édition pour mettre faire passer ces "rêveries" sur ses "illustres" ancêtres.

Voilà en quelques pages, beaucoup de beau monde dauphinois invité à participer à cette édition !

Pour finir, Jean Nicolas, le libraire-éditeur, n'est pas un inconnu. Deuxième du nom dans cette dynastie de libraires grenoblois actifs de 1608 à 1682, circonstance extraordinaire, ses registres de libraire ont été conservés et ont fait l'objet d'une étude magistrale par Henri-Jean Martin et Martine Lecoq :
Livres et lecteurs à Grenoble. Les registres du libraire Nicolas (1645-1668)


On y trouve une liste de libraires et de clients qui ont acheté cet ouvrage. Il semble avoir été assez largement diffusé par Jean Nicolas. Les ventes aux libraires courent de fin 1649 à 1661. Elles concernent près de 550 exemplaires, vendus essentiellement à des libraires de Lyon et Paris, mais aussi de Genève, Avignon et Grenoble (Philippe Charvys). Pour les particuliers, les vente vont de 1649 à 1659, pour un total de 34 clients et 35 exemplaires. Le prix habituel était de une livre. On trouve quelques prix inférieurs (16 sous) ou supérieurs (1 livre 10 sous). Il y aurait beaucoup a dire sur la diffusion du livre au XVIIe siècle par un libraire de province.

Enfin, pour compléter, la reliure est signée de François Koehler, relieur parisien, élève de Thouvenin, qui a exercé de 1834 à 1849.


La morale de l'histoire : pour qui sait partir à la recherche des informations, un simple ouvrage est une ouverture extraordinaire sur notre histoire et sur la librairie ancienne.

J'en ai profité pour mettre à jour la notice consacrée à une des premières éditions modernes du texte du "Loyal Serviteur", reproduit fidèlement par Joseph Roman en 1879 sous l'égide de la
Société d'Histoire de France :
La très joyeuse, plaisante et récréative histoire du gentil seigneur de Bayart, composée par le Loyal Serviteur, publiée pour la Société d'Histoire de France



Toutes ces recherches ne m'ont pas détourné du Salon de Saint-Sulpice qui se tenait ce week-end. Je présentai hier quelques ouvrages bien reliés, mais récents. La découverte de ce salon est un recueil d'eaux-fortes sur le Dauphiné, par J. Moallard, paru en 1861 chez Cadart à Paris. Reproduction de la page de titre gravée et d'une représentation d'une chasse dans les Alpes.


On pourra noter le côté déjà archaïque de la représentation de la montagne en 1861, alors que l'on voyait déjà des représentations réalistes de la montagne. Cette vision romantique et irréelle est la seule dans l'ouvrage, puisque on peut voir par ailleurs un vrai talent de dessinateur, déjà réaliste.

On touche du doigt que la montagne, même en 1861, restait empreinte d'une aura romantique.

Cet ouvrage est aussi l'occasion de lancer une de ces recherches comme je les aime : qui était J. Mollard ? D'où vient cet ouvrage? Grâce à l'ouvrage récent de Yves Deshairs et Maurice Wantellet :
Dictionnaire des peintres, sculpteurs et graveurs du Dauphiné, Editions Alzieu, 2008, je l'ai identifié comme Joseph Gabriel Hippolyte Mollard, élève de Henri Blanc-Fontaine, mort à Grenoble en 1888. En creusant, on trouve un Joseph Gabriel Hippolyte Mollard dans le corps diplomatique, officier de la Légion d'Honneur, né à Grenoble en 1833. S'agit-il du même ? Très probablement. Mais quel est le destin de cet artiste diplomate. Cela reste à déterminer. Dans tous les cas, cet ouvrages est très rare puisque on ne le trouve dans aucune bibliothèque française, même pas à la Bibliothèque Municipale de Grenoble, ce qui est particulièrement inhabituel pour un ouvrage dauphinois. La seule mention que j'en ai trouvée est qu'un exemplaire a été vendu dans la vente Perrin en 1902. L'enquête continue !

Pour conclure, je vous rappelle mon message d'hier sur la Bibliophilothérapie !

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