mardi 14 mars 2017

Scramble amongst the Alps in the years 1860-1869, par Edward Whymper

Scramble amongst the Alps in the years 1860-1869, par Edward Whymper (Escalades dans les Alpes de 1860 à 1869, pour la version française), est un des ouvrages les plus célèbres de l'histoire de l'alpinisme. Dans  l'esprit de beaucoup, il est souvent lié uniquement aux nombreuses tentatives d'ascension du Cervin par Whymper, jusqu'à la victoire finale du 14 juillet 1865, et, surtout, au terrible accident à la descente du sommet, qui coûta la vie à Lord Douglas, à Hadow, au Rev. Hudson et au guide Michel Croz.


Pourtant, cet ouvrage fait une large part aux Alpes dauphinoises et, à ce titre, mérite d'être connu et référencé dans une bibliothèque dauphinoise.

C'est d'ailleurs le Dauphiné qui, indirectement, est à l'origine de la découverte de la montagne par E. Whymper. Graveur sur bois, il est envoyé dans les Alpes par l'éditeur londonien Longman pour illustrer une tentative d'ascension du Pelvoux en 1860. De ce premier voyage de découverte à l'été 1860, il a retenu sa rencontre avec Jean Reynaud, à l'Argentière-La Bessée, qui le conduit à revenir en 1861 pour tenter l'ascension du Pelvoux. Le chapitre II est entièrement consacré au récit de cette ascension. Il vaut tant pour le texte, que pour les illustrations, dont je reproduis une partie ici.











Il reviendra dans le Dauphiné en 1864, pour une courte campagne de quelques jours qui le mène à La Grave, d'où il franchit la Brèche de la Meije. Depuis la Bérarde, il poursuit par l'ascension de la Barre des Ecrins, la première connue, le 25 juin 1864, avec A. W. Moore, Horace Walker et les guides Christian Almer et Michel Croz. Enfin, il termine le périple par un retour à la Bérarde depuis Ailefroide par le col de la Pilatte. Le récit de son séjour en Dauphiné occupe les chapitres VIII, IX et X de son livre.

Il ne reviendra en Dauphiné que pour quelques jours, sans ascensions, en 1869. Même si les chapitres consacrés aux Alpes dauphinoises sont minoritaires dans l'ouvrage, Edward Whymper a toujours dit son amour particulier pour cette région.

L'accident du Cervin l'amène à se retirer partiellement du monde de l'alpinisme. Il met à contribution ces 6 années de retraite pour écrire ses souvenirs et graver les très nombreuses illustrations qu'il souhaitait utiliser pour renforcer la force de son texte. Retiré dans la maison familiale de Haslemere, au sud de Londres, il termine son travail en 1871.

Paraît ainsi à Londres, à l'été 1871 Scramble amongst the Alps in the years 1860-1869. L'ouvrage contient 22 chapitres et de nombreuses annexes. Il est surtout remarquable par la quantité et la qualité des illustrations.On compte pas moins de 21 planches hors texte, dont une en frontispice, et 90 gravures dans le texte. A l'origine, les sujets proviennent soit de dessins réalisés sur place par l'auteur, soit de photographies. Pour certaines d'entre elles, ce sont des conceptions originales. Toutes les gravures sur bois ont été réalisées par Edward Whymper lui-même ou son père Josiah Wood Whymper. Ensuite, marque de l'attention que l'auteur portait à la qualité de la réalisation, E Whymper assura lui-même l'impression des planches hors texte. Les autres illustrations et le texte ont été imprimés par R. Clarke, à Édimbourg, sur un papier spécialement conçu pour cet ouvrage. Comme on le voit, en plus d'être un ouvrage fondateur sur l'alpinisme, c'estt aussi une aventure éditoriale et personnelle au service de la qualité matérielle du livre lui-même.

E. Whymper ne dédaigne pas les scènes de genre, comme cette illustration qui représente la nuit que lui-même et Michel Croz ont passé après leur victoire à la Barre des Écrins. On remarquera le rendu dramatique de cette scène qui est pourtant un temps de repos et de complicité, si l'on en croit le récit qu'il en donne. C'est aussi la seule illustration qui donne à voir un échange entre deux personnes.


J'ai la chance de posséder la première édition :



Je ne vais pas détailler les différentes éditions anglaises, mais il faut retenir que c'est la 4e qui est considérée comme l'édition définitive. Si le contenu et l'organisation du livre n'ont pas été modifiés, en revanche le texte a été revu et le nombre d'illustrations a été augmenté. De plus, cette édition se présente sous une belle reliure d'éditeur.



J'ai aussi la 5e édition, de 1900, mais elle n'apporte guère d'éléments supplémentaires.

Dès 1872, Adolphe Joanne traduit en français quelques passages qui sont publiés dans la revue Le Tour du Monde (cliquez-ici). La totalité de l'ouvrage traduit en français est publiée chez Hachette en 1873, avec la reprise de la presque totalité des illustrations : Escalades dans les Alpes de 1860 à 1869, Paris Hachette, 1873.



Il y a quelques menues différences avec l'édition anglaise, mais on peut dire que l'édition française est à l'image de la première édition.

Edward Whymper termine son ouvrage par l'accident du Cervin et quelques réflexions sur l'alpinisme et ce qu'il nous enseigne : « souvenez-vous que le courage et la force ne sont rien sans la prudence et qu'un moment de négligence peut détruire le bonheur d'une vie. Ne faites rien à la hâte ; surveillez chacun de vos pas ; et dès le début, pensez à ce que peut être la fin. » Pour illustrer ces sages pensées, il choisit cette image de fin que l'on peut trouver morbide pour un ouvrage sur la montagne :


Je reviendrai dans une autre message sur le débat, partiellement biaisé, de la "découverte" de la Barres des Écrins par Edward Whymper.

mercredi 8 mars 2017

Cloud-Lands of France, d'Amy et Thornton Oakley, 1927

Je poursuis aujourd'hui mon exploration des livres peu ou mal connus que j'ai la chance de posséder dans ma bibliothèque. Le dernier message présentait un ouvrage particulièrement rare, absent de toutes les bibliothèques. Celui d'aujourd'hui n'est présent que dans une seule bibliothèque en France (à Lourdes, dans le fonds pyrénéen) ..., mais dans de très nombreuses bibliothèques anglaises et américaines. Cela n'a rien de surprenant car il s'agit d'un ouvrage publié à New York en 1927. Malgré cela, il est étonnant qu'un ouvrage bien illustré, entièrement consacrés aux Alpes, soit totalement absent des bibliothèques régionales.

En 1925, un couple d'Américains, Thornton et Amy Oakley, visitent les Alpes depuis Nice jusqu'à Genève. Ils avaient déjà parcouru les Pyrénées quelques années auparavant, donnant lieu à leur premier ouvrage en commun, lui comme illustrateur et elle comme auteur : Hill-Towns of the Pyrenees, publié à New-York en 1923. De ce voyage dans les Alpes, sortira un nouvel ouvrage, aussi publié à New-York en 1927 : Cloud-Lands of France.

Si j'ai choisi de le présenter aujourd'hui, c'est que je suis tombé sous le charme de ses illustrations. Je me suis plus particulièrement attaché à celles qui concernent le Briançonnais et l'Oisans, avec un "coup de cœur" pour cette belle représentation de la Meije (encore une image inédite de la Meije !)


L'intérêt de cet ouvrage consiste essentiellement en la qualité et le style des illustrations. Au total, il y a plus d'une centaine de reproductions des dessins à l'encre de Thornton Oakley. Certaines sont en plein page, voire même en double page comme la vue de la Meije. Mais il y a aussi un grand nombre de bandeaux, vignettes, etc. Même le titre est illustré.


Le texte est à l'instar des nombreux guides et ouvrages de ce type. C'est un mélange de notations personnelles et de faits géographiques et historiques, le tout mâtiné de quelques observations sur les mœurs et usages des populations croisées.

J'ai essentiellement sélectionné les images du Briançonnais et de l'Oisans.










Les autres illustrations de plus petit format :




(Si toutes les images de ce message sont, à ma connaissance, inédites, seule celle-ci a été reproduite dans 150 ans de tourisme au col du Lautaret, par S. Aubert et A. Bignon, Les cahiers illustrés du Lautaret)

La carte dessinée de l'itinéraire suivi par les époux Oakley. On voit que le Briançonnais et l'Oisans ne représentent qu'une toute petite partie du périple.


Pour ne pas paraître trop chauvin (et montrer la richesse graphique de l'ouvrage), j'ai aussi sélectionné ces quelques images.





L'ouvrage se présente sous une reliure d'éditeur, avec une jaquette :


Peu connu en France, voire totalement inconnu, Thornton Oakley semble être particulièrement célèbre aux États-Unis. Je vous renvoie à la page Wikipédia (en anglais, of course !) : cliquez-ici. Son épouse Amy Ewing (1882-1963) semble n'avoir écrit que les 8 guides qu'elle a publiés avec son mari.

En fouillant sur internet, j'ai trouvé cette photo de leur mariage :


Lien vers la page consacrée à cet ouvrage sur mon site : Cloud-Lands of France.

dimanche 26 février 2017

Souvenirs du Dauphiné, Joseph Mollard, 1861

Il y a quelques années, j'ai acheté un recueil de 9 eaux-fortes, publié en 1861 sous le titre de Souvenirs du Dauphiné, par J. Mollard. Très vite, il s'est avéré qu'il s'agissait d'une vraie rareté car on ne trouve aucun exemplaire de cet ouvrage dans les bibliothèques publiques françaises, en particulier à la BNF et dans le Fonds dauphinois de la BMG. Il n'y a pas non plus d'exemplaires au Worldcat.

Titre gravé

Après quelques recherches, j'ai tout de même trouvé deux mentions d'exemplaires, l'une dans le catalogue Perrin et l'autre dans une vente aux enchères d'estampes, en 1872. J'ai aussi identifié Joseph Mollard. Avant de détailler le résultat de mes trouvailles, les 9 gravures :

Cascade de Craponnot (Isère)

Château du Connétable de Lesdiguières à Vizille (1860)

Une chasse dans les Alpes (1861) [Lac Robert, Belledonne]

Bressieux (1860)

Sans titre [Fourvoirie, en Chartreuse]

Eglise de Saint-André (1860)

Cuves de Sassenage (1861)

Drôme (1860)

Sassenage (1860)

Les gravures sont imprimées sur des planches non numérotées de 278 x 204 mm. Les gravures, en mode portrait ou paysage, mesurent approximativement 11 cm. x 17 cm.

Dans mon exemplaire, les planches ont été montées sur onglets, sous une reliure en chagrin, avec les plats en percaline.


Joseph Mollard

Joseph Mollard est né à Grenoble le 4 décembre 1833, au sein d'une famille d'orfèvres, active à Grenoble depuis le XVIIIe siècle. Il a fait ses débuts dans la carrière diplomatique en 1852, comme attaché au bureau du protocole. Après avoir gravi les échelons, il est nommé introducteur des ambassadeurs le 22 janvier 1874. Il est mort le 24 août 1888 au château de la Roche-Giffard, sur la commune de Saint-Sulpice-des-Landes (Ille-et-Vilaine). Il est promu chevalier de la Légion d'honneur le 8 août 1865 et officier le 7 août 1877.

Il était aussi artiste, spécialisé dans la gravure (peut-être que son métier lui laissait des loisirs). Il a été l'élève d'Henri Blanc-Fontaine, peintre grenoblois et un de ses cousins. Il a exposé quatre fois au Salon, dont, en 1863, trois eaux-fortes qui proviennent de ce recueil.

Il a été un des contributeurs majeurs de l'Album comique du Ministère des Affaires étrangères. Il s'agit d'un recueil de portraits  pittoresques, exécutés au fusain, de 135 agents de ce ministère, qui sont caricaturés dans le cadre d’activités professionnelles ou privées par sept de  leurs collègues. Ce recueil, édité en 1869, a été tiré à 215 exemplaires. Joseph Mollard est l'auteur de 82 caricatures, dont une où il se représente.



Dans ce même Album, il a aussi représenté un certain Théodore Ballieu, son collègue du Ministère des Affaires étrangères, commis principal, avant d'être nommé consul de France à Honolulu (Hawaï) en 1869. 


Il est probablement le premier propriétaire de mon exemplaire des Souvenirs du Dauphiné, si l'on en croit l'envoi qui se trouve sur la première page de garde.