samedi 18 février 2017

Une gravure inédite de la Meije

Cette image de la Meije n'est pas à proprement parler inédite, car, comme on le verra plus bas, on peut la trouver dans les tréfonds d'Internet. En revanche, dans les nombreuses publications sur la Meije, que ce soit imprimées ou sur le web, je ne l'ai jamais vu reproduite.


Elle est doublement signée. En bas à droite, l'artiste a gravé son cachet :

puis, hors de la surface de gravure, il a signé au crayon :


Il s'agit d'Édouard Monod-Herzen. Né en décembre 1873, fils de l'historien Gabriel Monod (1844-1912) et d'Olga Herzen (1851-1953, fille du révolutionnaire russe Alexandre Herzen), il est surtout connu comme décorateur et spécialiste de gravure sur métal ou ciseleur. J'ai trouvé un exemple de son art, qui est conservé au musée d'Orsay :


Son travail de graveur semble avoir été peu important. J'ai trouvé mention d'une estampe : Brèche dans la crête des Felouses en Savoie, conservé au musée de Troyes, qui a servi à illustrer un article qu'il a fait paraître dans La Gazette des beaux-arts (mars 1914) : La Gravure au marteau. La notice du musée précise : "gravé au marteau sur argent". Je situe cette gravure de la Meije dans la même période, probablement un essai de gravure qui utilise comme support non pas le cuivre, mais l'argent. Cela expliquerait le type de rendu, que je trouve distinct d'une gravure sur cuivre habituelle. De plus, s'il ne s'agit que d'une expérimentation, cela expliquerait la rareté de ses œuvres gravées. L'autre travail identifié est ce paysage :


On remarquera le même cachet, en bas à gauche.

Cette dernière gravure provient d'une collection d'oeuvres d'Edouard Monod-Herzen qui est conservée au Fine Arts Museums of San Francisco. C'est d'ailleurs le seul lieu où semblent être conservées des œuvres de cet artiste (hormis peut-être à la BNF, mais il n'y a pas de catalogue en ligne).

Cette collection est accessible à ce lien : https://art.famsf.org/edouard-monod-herzen. Elle contient aussi deux épreuves de cette gravure de la Meije, la seconde étant très similaire à la nôtre :




Dans la catalogue du musée de San Francisco, elles sont datées de 1919. Le titre est "La Meije, vue de la tête de la Maye", ce qui est un peu inexact. En effet, cette vue est prise des Etançons.

mardi 7 février 2017

Les voies romaines des Alpes Cottiennes.

Un livre important sur l'histoire des Alpes vient de paraître :
Sur les routes romaines des Apes Cottiennes, entre Mont-Cenis et col de Larche, par François Artru, Presses universitaires de Franche-Comté, 2016


Basée sur la thèse qu'il a soutenue en 2012, François Artru nous propose une nouvelle étude sur le royaume de Cottius, avec un focus plus particulier sur les voies romaines de cette région (de façon simplifiée, le royaume de Cottius couvrait la Maurienne, le nord des Hautes-Alpes, l'Oisans et le versant italien de ces régions des Alpes en direction de Turin).

J'ai d'autant plus de plaisir à parler de cet ouvrage que je crains que sa diffusion empêche qu'il soit porté à la connaissance des amateurs d'histoire érudite. Parmi la production relativement abondante de livres qui concernent de près ou de loin les Hautes-Alpes, rares sont ceux qui apportent une contribution significative à la connaissance historique de la région. Ce livre en fait partie.

C'est d'abord une étude historique fouillée, basée sur une solide exploitation des sources, que ce soit les auteurs antiques, mais aussi l'ensemble des restes archéologiques disponibles. Cela conduit François Artru à revisiter des faits jusqu'à maintenant bien admis, comme la date de création du royaume de Cottius et, surtout, la nature exacte des liens entre le royaume et le pouvoir romain. Il propose une hypothèse intéressante d'étendre le périmètre de ce royaume jusqu'à l'Oisans. Mais, de mon point de vue,  l'intérêt principal est ailleurs.

Longtemps, on a considéré que les Romains ignoraient totalement les Alpes, qu'ils ne les voyaient que comme une barrière à franchir entre l'Italie et la Gaule. En réalité, cette vision simplifiée devait être revue. Un important ouvrage paru il y a quelques années, Quand Grecs et Romains découvraient les Alpes, de Colette Jourdain-Annequin, 2011, avait déjà apporté de nombreux éléments pour nuancer cette vision. Ce nouvel ouvrage conforte cette vision renouvelée de la vie dans les Alpes à l'époque romaine, en l'abordant principalement du point de vue des voies romaines qui les traversaient. Quand on dit « traverser », on a souvent imaginé des voies passant le plus rapidement possible au milieu de pays hostiles, « le nez sur le guidon », si on me permet cette expression, oubliant volontairement ces pays que l'on voulait laisser le plus vite possible derrière soi. En réalité, cet ouvrage remet à l'honneur les pays traversés et l'importance de la route comme élément de vie et d'échanges. Un fait, en apparence anecdotique, me semble être un apport important de cette étude. En effet, dans une vision simplifiée, on se représente souvent une voie aux larges pavées (comme dans Asterix), permettant au trafic de passer à travers les Alpes sans même que les voyageurs se rendent compte qu'ils passent au milieu des montagnes. En réalité, au delà des voies qui permettaient un trafic de voitures, il existait tout un réseau de chemins muletiers, qui irriguaient la région, assurant aussi une transversalité entre les différents routes principales. C'est ainsi que l'on corrige la vision simplifiée en décrivant un monde habité et vécu.

Après deux chapitres particulièrement intéressants sur le rôle de la route dans les Alpes, les routes de la paix et les routes de la guerre, toute la fin de l'ouvrage est consacrée à l'étude des différentes voies avec l'objectif de décrire précisément leurs tracés. Dans cette partie, ce qui m'a le plus intéressé est cette démarche d'aller au plus près du terrain pour trouver les traces des voies romaines qui peuvent encore subsister dans le paysage. C'est alors que l'érudit quitte son cabinet de travail pour enfiler les chaussures de randonnées et aller découvrir les restes tenus que ces voies ont laissés, en mettant ses pas dans ceux des lointains voyageurs. Cela donne une épaisseur et une légitimité aux hypothèses à partir du moment où elles sont confrontées au réel. J'ai ainsi eu du plaisir à suivre (de façon virtuelle, dans mon fauteuil) l'auteur sur les chemins du Mont-Genèvre ou de la route du Lautaret.

Dans les Hautes-Alpes, les voies étudiées sont :
- Remontée de la vallée de la Durance et passage du Mont-Genèvre
- Route du Lautaret
- Les cols du Queyras
- La voie controversée de Valence au Mont-Genèvre à travers le massif des Écrins, telle qu'elle apparaît sur la carte de Peutinger.

A propos de la voie du Lautaret – la petite route de Grenoble à Briançon – dont le tracé a déjà fait l'objet de nombreuses conjectures et hypothèses, François Artru trouve de nouvelles hypothèses à soumettre à la sagacité des lecteurs. Sans entrer dans trop de détails, il propose une hypothèse de tracé différent jusqu'à la porte de Bons, ainsi qu'une localisation de Mellosedum au hameau du Dauphin (un hameau aujourd'hui disparu, recouvert par le lac du Chambon).

Je soumets deux documents à sa sagacité.

Le premier est un petit dessin qui représente la porte de Bons, cette porte romaine située au-dessus de l'actuelle route du Lautaret, dans la vallée de la Romanche. Sur ce dessin, on voit non pas une, mais deux portes :


Ce dessin illustre un mémoire sur les monuments celtiques des Alpes, de la Savoie et du Dauphiné, rédigé par Héricart de Thury, inséré dans  : Monumens celtiques ou Recherches sur le Culte des Pierres, par Jacques Cambry, Paris, An XIII – 1805. C'est d'ailleurs dans cet ouvrage que la porte de Bons est citée pour la première fois, et non dans l'article de Scipion Gras, en 1839.



L'autre image est un dessin anonyme que j'ai acheté il y a plusieurs années.


Selon la légende manuscrite, il s'agit de la voie romaine, dans l'Oisans. Je n'ai pas réussi à identifier clairement la localisation.

Pour une présentation plus complète de l'ouvrage de François Artru : cliquez-ici.

La porte de Bons, photo d'Henri Ferrand, 
in Une collective à la Porte Romaine et au Col de l'Alpe. 21 mai 1905.

samedi 7 janvier 2017

Une ascension du Vieux-Chaillol en 1783... et une rareté bibliographique

Parmi les plus grandes raretés de la bibliographie des Hautes-Alpes, c'est incontestablement cet ouvrage qui a l'histoire la plus romanesque :


M. le Chevalier de Lamanon : Mémoire litho-géologique sur la vallée de Champsaur et la montagne de Drouveire dans le Haut Dauphiné, Paris, Rue et hôtel Serpente [Cuchet], 1784, in-8°, 99 pp. [les 2 dernières pp. sont chiffrées par erreur 75 et 76].

En effet, son édition a été volontairement limitée à 12 exemplaires par l'auteur lui-même. Mais, par la suite, certains exemplaires auraient disparu dans un naufrage au large de l'Australie (nous verrons pourquoi). Un exploration dans les fonds publics permet d'en trouver 4 : BNF (réserve des livres rares), BMG (Fonds dauphinois) et Archives départementales des Hautes-Alpes, qui possèdent 2 exemplaire, dont l'un dans le fonds Guillemin. En revanche, sur les 8 autres exemplaires imprimés, je ne sais pas combien ont survécu et combien sont encore en mains privés. Vous comprendrez bien que trouver un de ces exemplaires, s'il en existe, est le rêve du bibliophile dauphinois.

Mais, au-delà de la curiosité bibliophilique, l'ouvrage est intéressant à plusieurs égards. Le premier, que je ne développerais pas ici aujourd'hui, concerne la controverse scientifique de l'auteur avec quelques-uns de ses contemporains, en particulier Faujas de Saint-Fond et Dominique Villars. Le second intérêt de cet ouvrage est qu'il contient le récit d'une ascension dans les Hautes-Alpes, à une époque qui correspond aux prémices de l'alpinisme tel qu'il se développera au XIXe siècle. Dans l'histoire de l'alpinisme dans les Hautes-Alpes, les récits d'ascension avant les années 1850, et à plus forte raison au XVIIIe siècle, sont suffisamment rares pour ne pas être relevés. Ce récit nous permet d'évoquer le rôle des habitants dans la connaissance et la pratique de la montagne. Comme on le savait déjà, ces habitants avaient une connaissance des sommets, qui sera souvent reléguée au 2e plan dans les récits des savants, comme dans ce texte, puis dans les récits d'ascensions des alpinistes du XIXe. Mais ce texte nous montre que cet usage de la montagne était habituel, bien qu'anonyme. Cette pratique locale de la montagne n'a jamais fait l'objet du moindre doute dans l'esprit des quelques érudits de la région qui ont écrit sur l'alpinisme au XIXe siècle, comme par exemple Paul Guillemin, pour le massif des Écrins.


L'objet de cette exploration du Champsaur par le Chavalier de Lamanon est d'identifier un volcan éteint qui se serait trouvé près du Vieux Chaillol. En réalité, il n'y avait pas de volcan, mais ça, c'est l'objet de la controverse. Passant par le col Bayard, le chevalier de Lamanon trouve « une petite lave poreuse sous la forme d'un caillou roulé », qui lui donne l'idée de partir à la recherche de l'origine de ces laves. Il part en exploration :
Je suivis le Drac pendant quelque temps, et n'y aperçus que des laves détachées, ce qui me détermina à passer la nuit au petit village de Saint-Laurent[-du-Cros], dans le dessein de parcourir le bassin du Drac, jusqu'à ce que j'eusse trouvé le volcan éteint, matrice de toutes ces laves, qui sont très variées
Pour mener à bien cette exploration, il se fait accompagner par un guide. Après avoir parcouru la plaine du Drac, il conclut :
Je fus donc entièrement confirmé dans l'idée que les laves venaient du Drac, et sans plus m'arrêter à examiner les petites rivières et torrents collatéraux, je me rendis à l'endroit de la plaine, où les deux rivières qui portent chacune le nom de Drac se réunissent.
Au passage, il raconte une petite anecdote sur la curiosité des habitants du coin sur le drôle de comportement du naturaliste :
Nous rencontrâmes souvent des paysans ; ils étaient étonnés de me voir chercher des cailloux avec attention. Ils interrogeaient mon guide, qui leur répondait : « Ce Monsieur va à la chasse des pierres, et les suit à la piste depuis deux jours. »
Le chevalier de Lamanon identifie la montagne de Drouveire comme étant le volcan éteint qui est la source de toutes ces laves que l'on trouve dans la vallée du Drac. Cette montagne n'existe plus sous ce nom. Cependant, grâce aux indications de son récit et à la carte jointe à l'ouvrage, on peut la situer près du Puy des Pourroys, au-dessus des hameaux des Fermonds et des Gondoins (Champoléon), accessible depuis le vallon du Tourond. L'ancien cratère serait le vallon de la Muande. Cette photographie donne une image claire du lieu.


Mais revenons au récit de cette ascension :
Après avoir visité pendant quelques jours la partie basse du volcan de Drouveire, je voulus en mesurer et reconnaître la position relativement à la pointe de Chaillot-le-Vieil ; entreprise pénible, vu l'âpreté du lieu, l'inconstance du temps, l'avancement de la saison, et la difficulté d'avoir des guides.
Je renvoyai celui que j'avais pris à Saint-Laurent du Crau [Cros], parce qu'il ne connaissait pas ces montagnes ; je renvoyai celui qui m'avait conduit au Chapeau, parce que je ne me croyais pas en sûreté avec lui. Après bien des recherches inutiles pour trouver un Guide qui me convînt, M. l'Abbé Chevalier, chapelain du hameau, me donna Raymond Barberousse : c'est un homme sensé, honnête et intelligent. J'entre dans ces détails, parce qu'ils ne seront pas inutiles aux naturalises qui voudront visiter ces hautes montagnes.
Nous partîmes du Châtelard le 22 Septembre à la pointe du jour, le temps étant un peu à la pluie. Le baromètre sur la porte de l'église marquait vingt-quatre pouces une ligne ; nous étions donc à la base même du Volcan, à environ six cents quatre-vingt-une toises [1327 m.] sur le niveau de la mer.
J'entrai dans le vallon du Touron pour monter sur le volcan par l'endroit où les laves sont le plus à découvert ; j'y trouvai une avalanche tombée au mois d'avril dernier, partagée en deux par la rivière, et qui, vu sa grosseur, n'avait pas eu le temps de fondre en entier. [...]
En suivant la côte du vallon, on marche presque toujours sur des laves compactes, et on arrive à un très petit hameau où les habitants du Châtelard viennent faire le fromage pendant l'été. Il n'y reste l'hiver que quelques personnes pour garder les bestiaux, qui y consomment les fourrages ramassés en automne. Le baromètre, placé à la croix du hameau, était à vingt- deux pouces onze lignes, qui indiquent environ huit cents quatre-vingt-seize toises [1746 m.] d'élévation sur la mer. [...]
On marche ensuite pendant plus d'une heure et demie sur un beau gazon qui recouvre les matières volcaniques, et on voit de temps en temps des blocs énormes de laves compactes, contenant des globules de spath calcaire ; ces blocs se sont détachés des sommités du volcan qui sont à droite, en montant.
[Ils poursuivent ensuite leur exploration de la montagne, jusqu'à la Muande, où Lamanon situe le cratère du volcan]
Je ne voulus pas quitter cette chaîne de montagnes sans aller par le plus haut sommet de Chaillot-le-Vieil, qui domine le volcan éteint de Drouveire. Je le proposai à mon guide, qui n'y consentit qu'après bien des sollicitations. Il y avait huit heures que nous étions en marche par des chemins pénibles, et quelquefois dangereux. Trois bergers que nous rencontrâmes se joignirent à nous, et nous conduisirent par une route plus courte, mais périlleuse. Dans une heure et demie nous arrivâmes au sommet de Chaillot-le-Vieil, en marchant presque toujours sur la neige ou sur des roches en débris. Le thermomètre y était à trois degrés au-dessus de la glace, et le baromètre s'y soutint à dix-neuf pouces deux lignes. Nous étions donc à environ seize cents soixante-douze toises sur le niveau de la mer [3259 m.] ; c'est la plus grande élévation où l'on soit parvenu jusqu'aujourd'hui en Europe. Je n'y ai éprouvé aucun malaise, aucune difficulté de respirer, non plus que les guides que j'avais avec moi. [...]
Je m'attendais à jouir d'une belle vue, étant à une si grande élévation : mais peu de temps après notre arrivée, nous fûmes enveloppés par un brouillard des plus épais, et accompagné de neige ; nous le vîmes venir poussé par le vent, et s'élevant à mesure. Nous n'avons guère plus su par où descendre, nous trouvant perchés sur un pic au milieu des airs, et comme noyés dans un océan de brouillard. Après avoir consulté l'aiguille aimantée, je me mis en route. Deux de mes guides, et précisément ceux qui portaient les provisions, prirent un chemin dangereux, et qui me paraissait devoir les conduire du côté de Molines[en-Champsaur]. Je ne voulus pas les suivre, et nous les perdîmes bientôt de vue. J'entends par chemin une direction, car il n'y a pas seulement la face d'un sentier. Je me conduits quelque temps en me réglant sur la disposition des couches que j'avais observées en montant : mais cette ressource ne dura guère, car les couches disparurent sous la neige et les décombres ; mes guides ne savaient par où aller. Nous marchions, et après quelques pas, nous rencontrions des précipices. Par bonheur, mon chien qui ne m'avait pas quitté nous remit dans la vraie voie, et nous arrivâmes à nuit tombante au hameau du Châtelard, après treize heures d'une marche forcée, n'ayant presque point pris d'aliment, et ayant essuyé la pluie ; mais dédommagés de nos fatigues, du moins pour ce qui me concerne, par tout ce que nous avions observé.
Ce qu'on lit, c'est qu'il existait des guides qui connaissaient les montagnes et les sommets, malgré leurs doutes sur le chemin de descente. On comprend que ceux qui connaissaient les lieux étaient des bergers, qui, visiblement, avaient une pratique familière du chemin à suivre pour aller au sommet du Vieux-Chaillol et pour en redescendre vers Molines-en-Champsaur. On constate aussi qu'ils n'hésitaient pas à prendre des chemins dangereux, même si on ne mesure pas ce que le chevalier de Lamanon considérait comme dangereux. Remarquons que pour celui-ci, le fait qu'il y ait des habitants qui sont familiers de la montagne n'est pas un motif de surprise. C'était pour lui chose naturelle. Il ne cherchait pas non plus à occulter l'existence de ces bergers familiers de la montagne, pas plus qu'il ne cherchait à se montrer supérieur à eux. Ses buts étaient différents, ce qui explique sa relative indifférence à cette connaissance. Sa pratique de la montagne était celle d'un savant, qui ne pouvait se confondre avec la pratique plus utilitaire des bergers.

On voit aussi apparaître une nouvelle façon de pratique la montagne. Toute proportion gardée, celle-ci devient aussi un lieu d'exploit, lorsqu'il affirme (sur quelle base ?) : « c'est la plus grande élévation où l'on soit parvenu jusqu'aujourd'hui en Europe ». Il a ainsi un pied dans une pratique traditionnelle de la montagne et un pied dans une nouvelle conception de l'usage de la montagne.


C'est l'intérêt de ce texte, comme de celui de Villars sur son ascension jusqu'au col de Says, de montrer qu'il y a une continuité entre ces deux pratiques de la montagne, plutôt qu'une rupture et une opposition, qui auraient conduit à occulter totalement la familiarité millénaire des habitants de nos vallées avec les sommets qui les entouraient.


Pour revenir à l'histoire de cette publication, un feuillet contenant un Post Scriptum  a été ajouté à quelques exemplaires de l'ouvrage. Le chevalier de Lamanon explique : 
Depuis l'impression de ce Mémoire, j'ai cherché et trouvé des caractères très distinctifs entre le basalte et le trapp ; d'où il résulte que la pierre de Drouveire est un trapp, comme le pense M. Faujas de Saint-Fond. J'allais faire connaître ces caractères dans un Mémoire très détaillé sur les caractères distinctifs des volcans éteints, qui est presque achevé ; mais, je suis obligé de tout abandonner pour me préparer au voyage du tour du monde ordonné par le Roi pour le progrès des sciences.
Ne pensant pas que les discussions ci-dessus soient assez dignes du public, n'étant pas suivies du Mémoire sur les volcans éteints, je prends le parti de le supprimer, et je n'en fait tirer que douze exemplaires.
Il donne ensuite la liste exacte des destinataires des 12 exemplaires. Il s'en réserve seulement deux à son usage personnel.

Cette expédition ordonnée par le roi est celle de La Pérouse qui, partant de Brest en mars 1785, ne lui laissa pas le temps d'approfondir son étude. Malheureusement, le chevalier de Lamanon périt dans une échauffourée avec des indigènes de l'île de Maouna, dans l'archipel des Samoa en décembre 1787. Plus tard, l'expédition fit naufrage devant l'île de Vanikoro au printemps 1788. Il est dit que le reste de l'édition périt dans ce naufrage. Il faudrait savoir combien d'exemplaires le Chevalier de Lamanon emporta avec lui lors de cette expédition. Seulement deux ? Dans cas, il en resterait encore quelques-uns parmi les dix autres. Emporta-t-il la presque totalité, comme le croit F. Drujon (Destructarum Editionum Centuria) ? Alors, les 4 que l'on connaît seraient les seuls rescapés.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, il y a 2 exemplaires numérisés. L'un sur Gallica, dont j'ai extrait la page de titre et la carte présentées ci-dessus, et l'autre sur le site des Archives départementales des Hautes-Alpes. Celui de Gallica est aussi richement relié :

Lien vers l'exemplaire Gallica: cliquez-ici.

dimanche 18 décembre 2016

La première ascension de la Barre des Ecrins

Lors d'une conférence prononcée en août 2015 à Vallouise, des historiens locaux, Olivier Joseph et Paul Billon-Grand, ont défendu l'idée que le sommet des Écrins avait été gravi pour la première fois en 1853 par le capitaine Meusnier, dans le cadre des opérations de levé de la carte d'état-major, précédant de quelques années la première "officielle" réalisée par Whymper, Moore, Walker et les guides Croz et Almer en 1864.

 Vue des Ecrins qui illustre le récit de la première ascension le 25 juin 1864

Tout était parti du constat que la minute de la carte d'état-major de la feuille de Briançon portait la mention "Sal", à côté du sommet des Écrins, à 4103 m. d'altitude, ce qui signifierait que ce sommet aurait porté un signal géodésique. Cela voulait donc dire que quelqu'un aurait atteint le point culminant du massif pour y construire ce signal. Suite à un raisonnement que je ne détaillerais pas ici, la conclusion était que le capitaine Meusnier avait probablement gravi ce sommet lors de sa campagne géodésique de 1853. Lors de cette même conférence, étaient étudiées les ascensions de différents sommets de la région durant les campagnes de levé de la carte de Bourcet au milieu du XVIIIe siècle. Mon propos aujourd'hui ne concernera que le premier point que je viens d'exposer.


Ces recherches voulaient aussi interroger la notions de première. Elles tendaient à mettre en valeur l'appropriation ancienne de la montagne par les populations locales, et plus généralement par tous ceux qui ne se réclamaient pas de l'alpinisme, dans le sens actuel du terme. Là aussi, en simplifiant, il s’agissait d'écrire une nouvelle histoire de la montagne avant l'histoire officielle de l'alpinisme, telle qu'elle a été écrite par les Anglais qui, les premiers, ont exploré ce massif, puis par les Français qui les ont suivis.

Développée lors de différentes conférences, une synthèse de ces réflexions a été publiée dans la revue l'Alpe, de l'été 2016.

Même si la démonstration était étayée, il manquait des éléments pour passer du stade de l'hypothèse, toujours stimulante, à une certitude ou quasi-certitude. A mon sens, il restait deux questions majeures à traiter pour confirmer ou infirmer cette hypothèse :
- Pourquoi une telle ascension est passée totalement inaperçue au moment où elle a eu lieu et, plus tard, dans tous les travaux des historiens du massif ?
- L'histoire de la carte d'état-major dans le massif des Écrins peut-elle apporter des éléments en faveur ou non de cette hypothèse ?

N'étant pas compétent sur l'histoire de la géodésie et sur les méthodes employées par les ingénieurs pour lever les cartes, je n'avais personnellement pas assez d'éléments pour me prononcer sur ce volet de la démonstration. En revanche, sur la première question, j'avais engagé une réflexion sur la base de ma connaissance de l'abondante littérature consacrée à l'histoire du massif des Écrins, ainsi que de ma familiarité - si j'ose dire - avec les personnalités qui ont été actives pendant la période qui nous intéresse, soit 1850-1900. 

Entre temps, les historiens Michel Tailland et Michèle  Janin-Thivos ont publié un ouvrage aux éditions du Fournel : Des ascensions oubliées ? Les opérations de la carte d’État-major de Briançon au XIXe siècle, qui reprend tous les éléments du dossier et qui, me semble-t-il, apporte une démonstration définitive que Meusnier a pu mener ses travaux sans nécessairement aller au sommet des Écrins pour poser son théodolite. La conclusion est que Whymper et ses acolytes sont bien les premiers à avoir atteint le sommet en 1864. La démonstration se fonde sur une analyse de la littérature sur le massif et, surtout, sur des documents inédits sur les opérations géodésiques dans le massif. L'ouvrage a été écrit en réponse à un débat récemment ouvert. Au-delà, il apporte une très importante et très intéressante contribution à l'histoire du massif des Ecrins et de sa découverte. Dans quelques années, lorsque tous ces débats seront apaisés, cet ouvrage restera une référence dans la bibliographie du massif des Écrins.



Pour ma part, je souhaite apporter des éléments complémentaires qui confortent ces conclusions. En particulier, j'ai trouvé un article de Tuckett, visiblement inconnu de tous les historiens du massif.

Je pense bien connaître l'histoire du massif et surtout les écrits qui le concernent depuis les récits des premiers explorateurs, au début du XIXe siècle, en passant par les travaux des écrivains locaux (Aristide Albert, Paul Guillemin, Henry Duhamel, etc.) et enfin les compte-rendus des premiers alpinistes anglais (Bonney, Tuckett, Whymper, etc.). Il faut y ajouter l'abondante littérature concernant le massif dans les différentes revues : Annuaire du Club Alpin français, Société des Touristes du Dauphiné, Revue Alpine, etc. Sur cette base-là, je n'arrivais pas à être convaincu qu'une telle ascension fût passée totalement inaperçue auprès de l'ensemble de ces acteurs, très présents au sein du massif. J'ai donc mené l'enquête de mon côté en suivant deux axes : les écrits de Tuckett et la position de Paul Guillemin. 

Commençons par F.-F. Tuckett.


Lors de la conférence, un des arguments se fondait sur l'article de F.-F Tuckett dans l'Alpine journal : Explorations in the Alps of Dauphiné, during the month of July, 1862, dans lequel il dit: "MM. Bourgeois, Courier, Cousinard, and Meunier executed that portion which is included in the copy supplied to me […]. From the large number of lofty summits ascended by them, [...]" que l'on peut traduire ainsi : "MM. Bourgeois, Courier, Cousinard, et Meunier ont réalisé la partie [de la carte d'état-major] qui est comprise dans la copie qui m'a été fournie [...]. Du très grands nombres de hauts sommets gravis par eux, [...]" La démonstration se poursuivait sur le sens de l'adjectif "lofty", concluant que ce terme désignait les plus hauts sommets du massif. Tuckett englobait donc le sommet des Écrins parmi ceux gravis par les ingénieurs français. Pour renforcer cet argument, était mis en avant l'appartenance de Tuckett aux Quakers, ce qui l'obligeait à un respect scrupuleux de la vérité et un refus total du mensonge. Lors de mes recherches, j'ai trouvé un texte de F.-F. Tuckett dans lequel il relate cette même exploration du massif des Écrins, texte dont visiblement personne ne connaissait l'existence : The Alps of Dauphiné, publié dans la revue de la Royal Geographical Society of London (Vol. 7, No. 1 (1862 -1863), pp. 43-46). Le contenu de l'article est peu ou prou le même que celui de l'Alpine journal, mais beaucoup plus condensé. Comme dans son article de l'Alpine Journal, il cite les ascension des sommets du massif par les ingénieurs de la carte, avec une formulation différente : "Of the large number of lofty peaks enumerated in the hypsometrical table, none but the two highest summits of the Pelvoux and five or six others of inferior rank (used as stations by the officers of the Etat Major) have been ascended" que je traduis ainsi : "Parmi le très grand nombre de hauts sommets énumérés dans la table d'altitudes [qui se trouve jointe], aucun n'a été gravi, à l'exception des deux plus hautes pointes du Pelvoux et de 5 ou 6 autres sommets de rang inférieur, qui ont été utilisés comme stations par les officiers de l’État-major". Ainsi exprimé, cela exclut explicitement les Écrins de la liste des sommets gravis par les ingénieurs de la carte d’État-major. Et comme Tuckett ne ment jamais...
Vous pouvez accéder à l'article complet à ce lien : cliquez-ici.
Vous pouvez accéder à une présentation de l'article de Tuckett dans l'Alpine Journal à ce lien : cliquez-ici.

L'autre axe de réflexion partait du constat que lors de la conférence du mois d'août 2015, toute l'attention se portait sur les alpinistes anglais. Il était alors avancé qu'ils avaient été les acteurs plus ou moins volontaires d'une écriture biaisée de l'histoire du massif, au service de leurs propres exploits, le tout dans le cadre de l'invention de la notion de "première". Ce biais introduit par ces premiers alpiniste dans leur discours tendait à nier toute possibilité d'une histoire de la montagne avant leur arrivée. Cet argument a du sens. Il a probablement joué dans la façon dont les différents acteurs ont eux-mêmes raconté leurs exploits. Je veux bien croire que les alpinistes anglais n'avaient pas l'ancrage local qui aurait pu les informer d'une ascension antérieure à la leur. Pour certains, la piètre estime qu'ils avaient pour les habitants de cette région aurait pu leur faire négliger cette information. Mais, à côté de ces Anglais, il y avait de nombreux acteurs locaux qui pouvaient se faire les passeurs ou les intermédiaires entre les habitants de la région et le monde des alpinistes. Ils avaient pour noms Aristide Albert, Henry Duhamel, Paul Guillemin, Henri Ferrand, Armand Chabrand, etc. Ils ont été totalement occultés lors de la conférence, probablement parce qu'ils représentaient ce lien entre deux mondes que l'on voulait opposer : les alpinistes anglais et les habitants du lieu. Pourtant leur rôle a été majeur. Je me suis plus particulièrement attaché à Paul Guillemin.


Excellent connaisseur du massif, pionnier de l'alpinisme, fondateur de la section du Club Alpin Français de Briançon, il était surtout un ardent collecteur d'informations sur le massif. Il est donc étonnant qu'il n'ait jamais entendu parlé de cette ascension de 1853. On peut opposer à cette argument le fait qu'il aurait été « victime », plus ou moins volontairement, de cet accès de déni collectif, orchestré par des alpinistes anglais prompts à mettre en avant leurs propres exploits. Je n'y crois pas. Ce qui caractérise Paul Guillemin est la très grande confiance dont il jouissait auprès de tous les acteurs du massif depuis les alpinistes anglais et français, jusqu'aux guides et aux plus modestes porteurs. Il est donc déjà étonnant qu'il n'ait pas eu écho de cette ascension par l'un d'entre eux. L'autre caractéristique est sa très grande honnêteté intellectuelle et son insatiable curiosité sur l'histoire du massif. Quelques exemples me permettent d'étayer ces deux aspects de sa personnalité. C'est lui qui a sollicité Victor Puiseux pour qu'il fasse le récit de son ascension de Pelvoux en 1848, ensuite publié dans les Annales des Alpes (1897, pp. 261-270). Il a publié une étude sur « Les voies anciennes des glaciers du Pelvoux » (Annuaire du Club alpin Français, 1886, pp. 3-41), qui se fondait en partie sur les témoignages d'habitants de la région. Il cite d'ailleurs l'ascension du capitaine Durand (pp. 15-16), en ajoutant : « Voilà tout ce que l'on sait de l'homme dont le pic 3,938 du Pelvoux immortalise le nom ; j'ai connu et interrogé plusieurs de ses porteurs sans faire plus de lumière ; Sémiond ne savait plus qu'une chose, c'est ''que le capitaine n'avait peur de rien'' ». Il signale à Coolidge un document sur l'ascension de Rochebrune en 1819, publié dans le Bulletin de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes, 1888, pp. 339-340, que Coolidge publie ensuite avec un commentaire dans la Revue Alpine, 1907, pp. 26-27 . Il a publié dans la Revue Alpine, 1897, pp. 372-374 : « Une ascension du Mont Viso au dix-huitième siècle », à propos de la mention d'une ascension du Viso en 1786 perdue dans un obscur volume de poésies d'Houdan-Deslandes publié en 1808. Cependant, la meilleure preuve de cette attitude ouverte et en alerte sur la moindre information sur l'histoire du massif est cette petite note dans son article « Le secret de la Pyramide » (Revue dauphinoise, 1899, pp. 69-71), sur la recherche des restes de la pyramide élevée par Durand comme signal au Pelvoux. En note, il cite la mention d'une ascension du Pelvoux par Beaumont-Wilson Jolly et lance un appel : « Mes lecteurs m'obligeraient infiniment en me communiquant les renseignements inédits qui peuvent être en leur possession. Ainsi seraient réveillés, peu à peu, des coins d'histoire à peine entrevus. » Nul doute, en lisant cela, que si Paul Guillemin avait eu la plus infime information sur une ascension des Écrins par Meusnier, voire même une simple rumeur, il n'aurait pas hésité à partir à la recherche de plus d'informations. De tout cela je conclus que Paul Guillemin n'a jamais entendu parler de l'ascension de Meusnier, qui aurait nécessairement été accompagné de porteurs locaux. Ce n'est pas une preuve que cette ascension n'a pas eu lieu, mais cela commence à être une forte présomption qu'elle n'a pas existé. Surtout, on ne pourra pas arguer que Paul Guillemin, sur ce sujet précis, souffrait d'un biais de perception qui l'aurait rendu sourd à la plus infime mention d'une ascension oubliée.

dimanche 11 décembre 2016

Deux autres agendas P.L.M.

Il y a quelques mois, j'avais présenté des agendas P.L.M. (cliquez-ici). J'ai enrichi ma collection de deux nouveaux agendas, ceux des années 1922 et 1930. Ils sont moins riches en illustrations sur le Dauphiné et les Hautes-Alpes.


Couverture de l'agenda P.L.M. de 1922 :


Cet agenda contient une planche représentant Château-Queyras (Dauphiné), par René Péan:



Couverture de l'agende P.L.M. de 1930 :


Un texte concerne plus particulièrement le Dauphiné : Une rencontre au Lautaret, par Gabriel Faure, illustrés de dessins de Chem, dont l'un représente la Meije. La planche en couleurs correspondante est une vue de la place Grenette, à Grenoble, par Roger Broders :




Comme toujours, pour aller plus loin, vous pouvez vous rendre à la page que je leur consacre : cliquez-ici.

mardi 6 décembre 2016

La première description du massif des Écrins... en 1793.

Pour trouver la première description des différentes vallées qui forment l'actuel massif des Écrins, il faut se référer à un petit ouvrage de 1793, publié à Turin, à l'usage des militaires :
Noms, situation et détails des vallées de la France le long des grandes Alpes, dans le Dauphiné et la Provence,Et de celles qui descendent des Alpes en Italie, depuis la Savoie, jusqu'à celle de Saint-Étienne au comté de Nice. Extrait des Campagnes du Maréchal de Maillebois, par le Marquis de Pesay.


Dans ce message, je veux surtout mettre en exergue ce qu'il apporte à l'histoire de la connaissance du massif.

Dans cette page qui décrit les différentes rivières de la vallée du Vénéon :


on lit plus particulièrement :
Cette rivière [le Vénéon] reçoit quelques ruisseaux assez considérables.
1. Le ruisseau descendant du pied de la montagne d'Oursine, et coulant le long du vallon de la Pirade.
2. Le ruisseau descendant du pied de la montagne de l'Aiguille du midi, par le vallon de Châtelar, et tombant dans la Venéon, au dessous du hameau de la Bérarde.
3. Le ruisseau descendant de la pointe haute du Grand glacier, coulant le long du vallon de Selle, et allant tomber dans la Venéon, au dessous du village de Saint Christophe.
On peut mettre en rapport cette description avec la Carte du Haut-Dauphiné de Bourcet, dont elle est en réalité un véritable commentaire", comme le dit Henry Duhamel dans la réédition de 1894.


Comme on le constate, dans ce court extrait, le marquis de Pezay (ou celui qui est véritablement l'auteur de ce texte) nomme les Écrins (montagne d'Oursine), avec la rivière qui descend du glacier du vallon de la Pilatte (vallon de la Pirade), la Meije (Aiguille du midi), avec le vallon des Étançons (vallon de Châtelar) et, soit le Râteau, soit le Pic de la Grave (pointe haute du Grand glacier), avec le vallon de la Selle. C'est pour cela que l'on doit considérer ce texte comme la première description du Haut-Dauphiné et du massif des Écrins. Pourtant, il ne faut pas le réduite à ce seul massif, car il décrit longuement les vallées du Queyras et, plus généralement, toutes les vallées de la frontière entre la France et la Savoie et l'Italie. En revanche, les vallées éloignées de la frontières (Champsaur, Valgaudemar, etc, pour citer celles des Hautes-Alpes) sont absentes.
Pour connaître l'histoire complète de la publication et les discussions sur la part exacte du marquis de Pezay dans la rédaction, je vous renvoie à la page que je lui ai consacré sur mon site : cliquez-ici. Il y a une certitude, le contenu de cet ouvrage est directement issu des mémoires rédigés par François de La Blottière, dans ses travaux de reconnaissance militaire de la frontières vers 1709.
J'ai récemment acquis l'édition conjointe de Turin et Grenoble (voir la page de titre en début de message). J'en ai profité pour mettre à jour ma notice et surtout pour tenter de démêler les différentes éditions de ce texte. En réalité, il n'y en a 4 entre 1793 et 1794, entre Turin et Grenoble, sans qu'il soit possible, en l'état de mes connaissances, d'identifier la "vraie" édition originale. Pour ma part je possède une autre édition, qualifiée de "seconde édition", Turin, 1794. Elle est particulièrement rare, car il n'en existe aucun exemplaire dans les bibliothèques publiques de France (Source : CCFr).


C'est la même édition que celle-ci, avec la page de titre modifiée :

Enfin, autre lien avec le Briançonnais, les frères Reycends, premiers éditeurs de ce texte, sont originaires de Monêtier-les-Bains, appartenant à ce vaste réseau des libraires briançonnais dont j'ai déjà parlé. Je n'ai pas fait de recherches particulières sur eux.

mardi 15 novembre 2016

Conférence sur la Meije et ses images

Dans le cadre du Salon du Livre alpin, qui se tient à Grenoble du 18 au 20 novembre au Palais des Sports, je donne une conférence sur "La Meije et ses images". Elle aura lieu dimanche 20 novembre de 10h30 à 11h30.


Le texte de présentation :
Aujourd'hui, l'image de La Meije est familière à tous les amoureux de l'Oisans. Pourtant, il aura fallu du temps pour qu'elle émerge de l'obscurité qui l'entourait. Alors que depuis le XVIIe siècle, le Mont-Blanc a été largement représenté, il faut attendre les années 1830 pour qu'apparaissent les premières représentations, encore marquées par une vision romantique. C'est ce dévoilement progressif des images de la Meije, mais aussi quelques belles représentations tout au long du XIXe et du début du XXe siècles que je souhaite vous faire découvrir. Vous saurez quand la Meije a été représentée pour la première fois, qui, le premier, en a donné une image fidèle, quand la face sud a été dévoilée, et beaucoup d'autres choses.
Venez nombreux !

Le riche programme de toutes les conférences : cliquez-ici.